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Mes quatre mois en Colombie

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La Colombie ne m’a pas seulement accueillie. Elle m’a ralentie.
Et c’est probablement la première chose qui m’a frappée en arrivant : ici, les gens ne vivent pas dans cette tension permanente que je connaissais si bien. Ils travaillent, ils courent parfois, bien sûr, mais il existe dans leur manière d’être une souplesse intérieure. Une disponibilité à la vie. Comme si l’humain passait encore avant l’efficacité.

Mon voyage a commencé à Palmira, dans le Valle del Cauca. Une ville sans décor touristique spectaculaire, mais profondément vivante. Là-bas, j’ai découvert une Colombie du quotidien : les petits restaurants simples et efficaces, les vendeurs de fruits découpés à la minute, les motos partout, les familles assises devant leur maison à la tombée du jour. Et surtout cette chaleur humaine immédiate. Les Colombiens parlent facilement, regardent les gens, plaisantent, prennent le temps.

Je ne me suis jamais sentie en danger en Colombie.
Cela ne veut pas dire qu’il faut être naïf ou imprudent. Comme partout, il faut observer, éviter certains endroits ou certaines attitudes, rester attentif. Mais l’image anxiogène qu’on colle encore parfois à ce pays ne correspond pas à ce que j’ai vécu. J’y ai ressenti beaucoup plus de chaleur humaine que d’agressivité.

En revanche, il faut comprendre une chose essentielle : ici, la route appartient aux motos.
Elles surgissent de partout, doublent à droite, à gauche, se glissent dans des espaces invisibles. Au début, traverser une avenue relève du parcours du combattant; les filles pilotent leur engin telles de fières amazones, les femmes de mon âge circulent en moto-taxis. . Puis on finit par entrer dans le rythme local. Et au milieu de ce ballet permanent, il y a les chiens. Des chiens partout, dotés d’un savoir ancestral concernant la circulation colombienne. Ils traversent les avenues entre motos et voitures avec un calme stupéfiant, et, par je ne sais quelle magie, cela fonctionne.

La Colombie est aussi un pays de contrastes très concrets.
Les gens sont cool, chaleureux, accueillants… mais les trottoirs sont parfois complètement défoncés et les détritus traînent un peu partout. On n’est pas en Suisse. Il y a quelque chose de plus brut, moins maîtrisé, parfois chaotique. Et finalement, cela fait partie du pays. La Colombie ne cherche pas à tout lisser ni à tout cacher. Elle vit comme elle est : vivante, imparfaite, débordante.

Et pourtant, il existe souvent un contraste saisissant entre la rue et l’intérieur des maisons.
Dehors, tout peut sembler désordonné, bruyant, abîmé par le temps ou la pauvreté. Puis une porte s’ouvre et l’on découvre des intérieurs impeccables, chaleureux, soigneusement décorés, parfois très élégants. Comme si l’on protégeait à l’intérieur un cocon précieux du tumulte extérieur. Cette différence m’a beaucoup marquée. Elle raconte quelque chose de profond sur la dignité des gens ici : même quand l’environnement est rude, ils créent du beau, du propre, du vivant chez eux.

À Cali, j’ai senti une autre énergie. La ville pulse. La salsa est partout, dans les voitures, les bars, les maisons ouvertes sur la rue. Même ceux qui ne dansent pas semblent habités par un rapport plus libre au corps et au mouvement. Les Colombiens ont cette capacité à créer de la légèreté sans superficialité. Ils savent profiter d’un moment sans le transformer en performance sociale.

Mais Cali porte aussi une autre réalité.
Considérée comme l’une des villes les plus dangereuses au monde, elle conserve, comme beaucoup d’autres villes colombiennes, des traces visibles de cette violence ancienne ou toujours latente. Les grilles en fer sont partout : devant les maisons, les fenêtres, les commerces. Certaines petites boutiques servent leurs clients derrière ces barreaux métalliques. Cette image m’a marquée. Moi, chez moi, je mets des moustiquaires à mes fenêtres. Eux se protègent de dangers bien plus grands. Et pourtant, malgré cela, les gens continuent de rire, de sortir, de vivre. Comme si la chaleur humaine était plus forte que la peur.

Il y a aussi des codes culturels qui surprennent lorsqu’on vient d’Europe. Ici, dans beaucoup de situations, c’est encore l’homme qui paie naturellement. Pas forcément dans une logique de domination, mais comme une évidence culturelle encore bien présente. Les rôles restent plus traditionnels dans certaines attitudes, même si tout évolue peu à peu.

Et puis il y a les dimanches.
Les églises débordent de chants. On y prie à voix haute, on chante à tue-tête, certains dansent presque frénétiquement. Cela traverse les rues entières. La foi ici n’est pas discrète ni contenue. Elle est vivante, sonore, collective. Même sans partager cette ferveur, on ressent quelque chose de puissant dans cette manière d’exprimer ensemble l’espoir, la gratitude ou la douleur.

Puis il y eut San Andrés.
L’île ressemble à une respiration posée sur la mer des Caraïbes. L’eau y est d’un bleu presque irréel. Mais l’île n’est pas une carte postale parfaite pour autant. À certaines périodes, les algues envahissent les côtes. Des masses brunes s’accumulent sur les plages, modifiant le décor rêvé des touristes. Et pourtant, cela aussi fait partie du réel. La mer reste magnifique, vivante, changeante.

On imagine souvent la Colombie comme une jungle étouffante peuplée de moustiques géants, d’araignées monstrueuses et de crocodiles tapis dans chaque rivière. La réalité est beaucoup plus nuancée. Oui, la jungle existe, immense, dense, presque mythique parfois. Oui, la nature est omniprésente. Mais j’ai été surprise par la fraîcheur relative de certains endroits, surtout le soir ou dans les zones plus élevées. Et surtout, je n’ai jamais croisé ni crocodile, ni araignée géante, ni invasion de moustiques. Honnêtement, j’ai parfois l’impression qu’il y a davantage d’insectes chez moi, dans le sud-ouest de la France.

À San Andrés, j’ai surtout ressenti un grand dépouillement intérieur. Face à cette immensité turquoise, beaucoup de choses deviennent silencieuses. Les urgences mentales tombent d’elles-mêmes.

Puis est venue Santa Marta.
La chaleur y est dense, presque animale. Entre la mer, les montagnes et la végétation, tout semble plus brut, plus organique. Sur mon coin de plage, les lézards étaient énormes. Pas les petits lézards furtifs auxquels je suis habituée : certains étaient gros comme des chats. Ils traversaient les rochers avec une lenteur souveraine, comme s’ils étaient les véritables propriétaires des lieux. L’un d’eux a même essayé de rentrer dans mon sac pendant que je me baignais. Je l’ai retrouvé la tête à moitié dedans, parfaitement calme, comme si tout cela était normal. Ici, les humains ne semblent jamais totalement seuls à occuper l’espace ; la nature garde toujours un pied dans le quotidien.

Santa Marta m’a donné une sensation d’ancrage étrange. Une impression d’être ramenée à quelque chose de très simple et très ancien. Là encore, les gens gardent cette douceur dans les échanges. Moins de rigidité. Moins de défenses inutiles.

Il y a aussi ce rapport particulier au temps.
Ici, les saisons semblent presque absentes. La lumière change peu au fil de l’année. Le soleil se lève vers 6h30 du matin et se couche vers 6h30 du soir, avec une régularité troublante. Au début cela déstabilise, puis cela finit par apaiser. Les journées ne sont plus découpées par les longues variations de lumière auxquelles je suis habituée. Le temps paraît plus circulaire, plus stable, presque suspendu.

Et au fond, ce que je retiens le plus de ce pays, ce ne sont pas seulement les paysages ou les couleurs.
C’est cette sensation rare d’un endroit du monde où l’on peut encore simplement être.

La Colombie est aussi un pays majoritairement jeune, traversé par une énergie de vitalité très visible dans les rues. On y croise beaucoup de visages jeunes, une dynamique de mouvement constant, une forme d’élan vers la vie qui colore l’atmosphère générale. Les femmes y sont souvent d’une grande beauté, assumée, présente, sans effort apparent, comme quelque chose de naturel dans le paysage humain du pays.

Et ce voyage n’a pas été un simple passage.
Je n’ai pas fait qu’un touriste de quelques semaines. J’ai vécu chez l’habitant durant quatre mois. Cela change tout. Cela enlève la distance. Cela oblige à entrer dans le rythme réel des gens, dans leurs habitudes, leurs contradictions, leurs façons d’habiter le quotidien. On ne regarde plus un pays, on le traverse de l’intérieur.

Et c’est peut-être cela que je garde le plus : non pas une série d’images, mais une expérience vécue de l’intérieur, lente, imparfaite, humaine.

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L’équipe de rédaction :

Grandes voyageuses, ou femmes qui osent l’aventure pour la première fois, les rédactrices de NomadSister sont toutes des passionnées de voyages. Elles partagent leurs conseils et expériences avec cette envie de vous donner des ailes.

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